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Side:Aarsberetninger fra Det Kongelige Geheimearchiv, indeholdende Bidrag til dansk Historie af utrykte Kilder. Vol. 5.pdf/301

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que je m'étois proposé de m'emploier de mon mieux en cette occasion pour le faire entrer dans mon dessein, mais ayant tardé à me rendre cette visite, et le tems m'étant très precieux à cause de la diéte, qui s'approche, pour le perdre inutile:|ment, : j'ai pris le parti, aprés avoir à diverses reprises, mais toujours sans succés fourni l'occasion au dit comte d'entamer cette matiere de son propre chef, de lui en parler le premier. L'ayant donc rencontré seul chés lui, s'étant mis comme de coutume sur les raisons, que v. msté avoit de soutenir la Suede contre la puissance rivale, je me mis à rever un peu et lui dis en me donnant l'air d'officier, que je n'avois pas l'honneur de me trouver ici en qualité de ministre de v. msté, et que si j'étois sujet Suedois, je lui sçaurois bien suggerer, ce qu'il y auroit à faire à cet egard. Le comte m'ayant demandé là dessus, quel étoit mon sentiment, et :| comment |: je pensois, que la Suede feroit pour se tirer d'affaire, sans etre soutenu par v. msté, je lui repliquois à ce qu'il me paroit, monsieur, tout ce, qui a eté conclu jusques ici entre les deux cours, a eté religieusement observé par le roi mon maitre, lequel, par bien des accidens survenus, n'a pas pû se prêter autrement aux vues de la Suede, qu'il a fait, et c'est la raison, pourquoi les negociations entamées jusques ici, n'ont donné lieu qu'à quantité de complimens de part et d'autre; il ne reste donc, pour francher le mot, qu'un moyen unique pour rendre les trois royaumes du Nord florissants et redoutables, qui étoit de faire revivre l'ancienne union de Calmar, car sans cela on prendra toûjours le contrepied de part et d'autre, aussi tôt qu'une affaire sera sur le tapis, qui ne sera pas selon le gout general des deux nations. Oui, monsieur, je vous comprens, dit le comte, et puisque nous nous parlons en particuliers, je vous dirai, que si le roi votre maitre vouloit se resoudre à mettre le gouvernement sur un pied égal dans tous les trois royaumes, on y pourroit penser; mais sans cela la Suede courreroit toujours risque de devenir une province du Dannemarc. Lui ayant fait comprendre, qu'étant depourvû d'instruction sur ce sujet et n'ayant jamais eu l'hardiesse d'en avancer une seule parole à v. msté, je le priois, en cas qu'il le trouvât de la convenance de sa patrie, de m'indiquer ses idées, et que je serois homme à risquer de le mander à v. msté pour apprendre, quelle pourroit étre sa volonté touchant un pareil projet. Je faissois aussi glisser quelques paroles sur l'état present de l'Angleterre, en alleguant comme un exemple, dans quelle malheureuse situation ces trois royaumes s'étoient trouvés ci-devant, et quel étoit leur bonheur, depuis qu'ils étoient gouvernés par un même roi. J'y adjoutois encore, que la nation Suedoise ne risqueroit rien en prenant ce parti, mais bien le roi mon maitre, vû qu'elle restoit toûjours en état de changer, quand elle voudroit, et que bien des puissances jalouses de cette union y preteroient volontiers les mains. Là dessus le comte rompit la conversation en me disant, qu'il y penseroit à loisir, et que nous nous en parlerions plus amplement une autre fois. Depuis ce tems je me suis trouvé deux fois tête à tête avec lui, sans qu'il ait paru y songer; de quoi je ne suis aucunement surpris, car étant embarqué avec la France, comme il est, il n'oseroit, même s'il le vouloit, desister de ces principes, puisque, s'il le faissoit, il seroit tres facilement con-