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14. Relation fra Grüner. 1742, 22 August. Sire. Si j'ai differé jusques à present à envoïer avec la plus profonde soûmission quelque rapport ulterieur à vôtre majesté, c'est que je n'ai eû rien de positif à mander, vû que toute la nation Suedoise ressemble dans les conjonctures presentes à une mer orageuse, sur laquelle chacun est embarrassé à prendre son parti. Vôtre majesté sçait, combien d'influence le parti du duc de Holstein-Kiel a gagné sur les ésprits par la longueur du tems, et combien ce prince a eû des moïens, tant par ses largesses que par ses prétendûs droits, pour former le plan, par lequel il se flatte de parvenir à son but. Ses partisans, malgré tous les obstacles qu'ils rencontrent, ne lâchent point prise encore, et continuent tous les jours à se donner des mouvements pour faire reussir leurs desseins. Le general Steinflicht est venû ici pour se joindre en cette vue aux autres de ce parti, qui, comme des gens remuants, emploïeront le verd et le sec pour ne pas étre arreté en si beau chemin. J'éspere pourtant qu'ils travailleront en vain, et que la nation entétée jusques ici de ce prince, qui commence deja par mes soins infatigables à dèsapprouver ses menées, et qui, depuis qu'elle a été éclaircié là dessus, n'ignore ni sa naissance, ni sa constitution, ne l'élevera point sur le trône, principalement s'il va étre declaré héritier presomtif de celui de Russie :| 1 Quant au gros de la nation, il ne paroit pas encore determiné, et rempli de défiance contre le roi de Suede et le parti dominant aussi bien que le parti contraire, dont il se croit trahi et vendû à la France et à la Russie, sans demêler précisement comment et pour quelle fin, il paroit vouloir attendre, jusques à ce qu'il puisse voir plus clair en toutes choses, avant que de prendre son parti, et raisonne cependant conformement aux lumieres, qu'il croit deja avoir. J'ai jugé necessaire de detailler toutes les difficultés surmentionnées, pour qu'il plaise très-gracieusement à vôtre majesté de juger par là dans quelle situation les affaires sont ici par rapport à la succession. Et pour les combattre je continue à agir dans le train commencé, en tâchant de repandre mes idées de plus en plus, pour determiner autant que possible le public en faveur de vôtre majesté et de sa maison roïale, sans m'attacher à aucun parti, de-sorte que je puis sans vanité assûrer très-humblement vôtre majesté, que, tant dans les provinces que dans les villes, on commence deja à goûter fort les impressions, que je souhaite de donner à la nation. Dans ma derniere j'ai rapporté très-humblement, que j'avois envoïé un officier de 1 Det forbigaaede Stykke handler især om hvem der formodentligt vilde støtte Kongen af Sverig i hans Souverainetetsplaner. V B. 4 H. (1874). • 31