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- - distinction vers la Scanie pour sonder chemin faisant les ésprits. Cet officier, qui en est de retour depuis avanthier, m'a contesté, qu'il a si bien sçû gagner le fameux Ohle Hackeson, talsmann des païsans, le general Stahl, gouverneur de Calmar, qui veritablement est un homme d'ésprit et de poids, avec plusieurs autres qui sont entierement entrés dans mes vuës, moïennant: que vôtre majesté ne voulût point prétendre à la souveraineté dans ce roïaume, que leur forme de gouvernement demeurât inviolable aux abus près, dont le parti dominant s'est prévalû jusques ici, que les charges, tant militaires que civiles, ne soïent données qu'à des personnes de leur propre nation, que vôtre majesté voulût resider toutes les deux années dans cette capitale, comme elle le fait à Copenhague, que les forces du Dannemarck fussent emploïées de concert avec celles de Suede pour deloger de la Baltique la flotte des Russes, et que, pour que cette union ne donnât point de jalousie aux autres nations, il fût trouvé necessaire de menager l'Angleterre, à fin qu'elle n'y fût point contraire, jusques à ce que cet ouvrage fût parvenû à un degré de perfection, que les deux roïaumes fussent en état de se defendre par leurs propres forces. - - Et comme je sçais, qu'un libre Aïant rémarqué que les païsans de la Dalekarlie et de la Westmannie, qui ont le plus souffert pendant cette guerre, sont très-mèscontents du gouvernement present, j'ai jugé fort necessaire de faire venir là, où je les attends, ces deux nations mutines et de grande consequence. Dans ce dessein j'ai emploïé des parents, qui ont grand credit dans ces deux provinces, pour faire insinuer sous main à ces gens là, qu'ils n'ont pas tout à fait tort d'étre mèscontents de la maniere, qu'on en agit avec eux. commerce avec la Norvegue tient fort à coeur aux habitans de la Dalekarlie et des provinces le long de la frontiere, je leur ai fait representer encore, qu'il leur falloit absolument un roi, qui eût leur interêt plus à coeur que le gouvernement d'à present, qui n'agissoit que dans les vuës de la France sans aucun égard à la patrie et à la religion, qu'il n'y avoit pas de meilleur moïen pour tirer ce pauvre païs hors d'embarras que de se jetter entre les bras de vôtre majesté, prince si zelé pour la religion et le bien public, qui n'agissoit que par clemence envers ses sujêts, et de cette façon le commerce avec leurs bons voisins et alliés les Norvegiens leur seroit à leur grand avantage. Pour étre encore plus sûr de mon fait, j'ai aussi envoïé un prêtre, qui fait le sermon dans ma maison et qui est Dalekarl, vers le nord de cette province, pour y roder parmi ses compatriotes et pour y debiter ce que je viens d'avancer. Ces menées prennent, autant que je le puis remarquer jusques ici, un assez bon train, de maniere que les païsans tombent de leur propre mouvement là dessus, que les premieres propositions, qu'ils feront à la diete prochaine, seront: que les deputés de leur corps doivent étre reçûs dans le secretissimum, qu'on fasse un roi, qui puisse étre l'appui des etats, et qui observe saintement les loix du roïaume, celui d'à present n'étant pas en état de soigner le bien public, et que pour montrer, qu'ils ne sont pas ingrats envers celui, qui a été leur roi jusques à present, les etats lui pourront accorder un revenû de ecus, lorsqu'il voudra se retirer hors du païs avec sa concubine. 100 m - -