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maitre d'hôtel à Copenhague pour cet éffêt. J'ai promis de le faire et j'ai fait partir là dessus en dernier lieu mon dit maitre d'hôtel. Cet homme de retour, je n'ai pas pû me dispenser de faire confidence pour confidence, en leur disant, que je venois de recevoir mes instructions et en leur montrant, après les avoir fait promettre sous serment de n'en rien redire, la lettre ci-jointe, que j'ai supposée m'avoir été écrite par s. e. de Schulin ¹, de la quelle ils ont été si charmés, qu'ils ont rédoublé leurs soins depuis. Le peu de tems qui me restoit pour Ifölge Bilag saalydende: |: Monsieur. En reponse à l'honneur de la vôtre du 22 d'août n. st., qui m'a été delivrée par vôtre maitre d'hôtel, j'aurai celui de vous dire, monsг, que j'en ai fait le dû rapport au roi nôtre auguste maitre. Mais après y-avoir reflêchi mûrement, sa majesté comprend, à la verité, quelle seroit la puissance, l'independance et le bonheur stable et inébranlable des trois roïaumes du Nord, si leurs interêts seroient une fois les mêmes. Elle comprend encore la possibilité de cette union dans la situation presente du Nord, où les interêts du Dannemarck et de la Suede sont deja les mêmes par rapport à toutes les cours de l'Europe, et qu'il n'y-a que leur malhûreuse separation, qui empêche sa majesté de suivre ses inclinations. Elle considere en outre, que l'unité de nations, l'unité de langue, l'unité de religion, et l'unité de but et de vue par rapport au commerce et aux affaires du dehors et du dedans de ces roïaumes, devroient naturellement produire une union des plus étroites entre eux. Elle est enfin entierement convaincuë, que l'unique difference, qui s'y trouve par rapport à la forme du gouvernement, n'est pas un obstacle invincible, la Suede étant à même de prendre en ce cas toutes les precautions, qu'elle trouveroit convenir, et de maintenir ce qui auroit été stipulé, tant par ses propres forces que par le concours des autres puissances voisines. Mais comme vous sçavez, monsieur, quelle est la religion et la delicatesse de conscience du roi nôtre auguste maître, elle goûte bien la chose, mais non le plan que vous avez formé: Elle souhaiteroit qu'une union, qui devroit faire desormais le bonheur des trois roïaumes, lui fut proposée par les etats de Suede après une mure deliberation, elle n'y veut pas penser seulement, dès qu'elle devroit étre moiennée par cabale et soutenue par force, quand même elle verroit clair comme le jour, qu'elle en pourroit venir à bout de cette maniere, enfin elle est entierement persuadée, qu'une telle union à moins que d'étre libre et volontaire, autant que cela se peut, au lieu de produire une union entre les trois roïaumes occasionneroit aisement la ruine, soit du Dannemarck soit de la Suede, à la quelle sa majesté ne contribuera jamais de façon ou d'autre. - - Voilà, monsieur, ce que j'ai dû vous mander par ordre exprès de sa majesté, pour que vous en donniez part incessament à ceux, qui vous ont parû avoir à coeur le bien veritable de leur patrie, en les assurant qu'en cas que quelques propositions formelles seront faites à sa majesté touchant une pareille union, elle se prêtera à tout ce, qu'on pourra raisonnablement pretendre d'elle, d'une maniere si noble et si sincere, que la nation Suedoise en sera entierement satisfaite, et qu'elle regardera desormais l'union entre les trois roïaumes comme la veritable epoche du bonheur commun du Nord et du sien particulier, au quel sa majesté travailleroit après cela avec autant de franchise et d'application, qu'elle l'a fait jusques ici pour celui du Dannemarck, bien resoluë de ne mettre aucune difference alors entre ses sujêts de l'une ou de l'autre nation et de commencer à agir pour la Suede, comme elle le feroit pour ses propres etats, puisqu'on lui auroit fourni de cette façon un motif present et réel pour ce faire, qui pourroit justifier ses entreprises. En atteudant, monsieur, si vous voïez quelque apparence, que l'union en question pourroit étre proposée unanimement au roi nôtre auguste maitre de la part de la plus grande et de la plus saine partie de la nation Suedoise au moins, vous l'en informerez sans perte de tems par quelque courier. J'ai l'honneur etc. Apostille Ce que je vous ai marqué ci-dessus ne regarde que les veritables sentimens du roi. Cependant, vous n'avez qu'à étre persuadé, que sa majesté n'oubliera pas les bons offices de ceux qui se porteront pour auteurs d'une si hûreuse union, lesquels vous pouvez hardiment assûrer de la grace de sa majesté, selon la connoissance, que vous aurez de leur poids parmi les etats. Je suis etc.