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juré l'un et l'autre saintement, qu'ils ne changeront jamais de sentiment à l'égard de ce, que je leur avois fait proposer touchant la succession, vû qu'ils comprenoient aisement, que c'étoit là le veritable interêt de leur patrie. Mais comme cette affaire étoit fort delicate, ils la vouloient menager d'une maniere, qui ne donnoit pas dans la vue aux autres païsans, qui etoient prevenûs depuis bien des années en faveur du duc de Holstein-Kiel, et je sçais par experience, qu'ils y ont travaillé en honnêtes gens, non-seulement dans les cas susmentionnés, mais encore en d'autres occasions, où je les ai emploïé. Depuis le retour de l'armée les membres de la noblesse ont été augmentés par quantité de jeunes officiers, qui ne sont pas tout à fait d'un sentiment si unanime entre eux, que l'est la noblesse de Scanie. Mais quantité de ces messieurs s'étant ruinés par la campagne, qui viennent de faire, j'éspere de les gagner en leur fournissant à propòs quelque petit soutien selon le plan, que je me suis proposé. Il demande un peu plus de tems, que je n'avois crû, pour mettre les ecclesiastiques dans mes interêts; car les deux freres Bentzelius, l'un et l'autre evêques, qui ont été gagnés par la France, agissent toûjours dans cet ésprit, et je n'ai personne dans cet etat, qui me soit plus à la main que l'eveque de Calmar, nommé Schröder, gagné par le general Stael, et l'ecclesiastique, qui fait les sermons chez moi. Une vingtaine de personnes de cet etat ont deja goûté mes sentimens par leur moïen. Quant aux bourgeois, beaucoup d'entre eux, qui ne sont pas trop à leur aise, souhaiteroient bien, que l'union en question pourroit avoir lieu, mais dès qu'ils entrent en liaison avec ceux de leur etat, qu' on peut taxer pour riches, ils ne sçavent plus, où ils en sont à cet égard. Car ceux-ci, qui ne demandent mieux que de pouvoir pêcher dans l'eau trouble, sçavent leur insinuer fort adroitement, que, dès que les trois roïaumes ne feroient qu'un même corps, les marchands Danois et Norwegiens s'en prévaleroient trop, vû la situation avantageuse de leur païs, et reduiroient bientôt ceux de Suede à se contenter de n'étre que leurs commissionnaires. Il faut donc avoir patience avec eux, et tacher de les gagner par des raisonnements et des ésperances convenables au cas. La piece imprimée¹ regardant la succession, dont j'ai envoïé en toute soumission une translation à vôtre majesté, ne laisse pas, quoique un peu prématurée, de faire beau- 1 «Een Swänsk uthanlands wistande adelsmans bref till sina begge syster-sönner i Svärje», der ved Relation af 10/21 Sept. 1742 blev oversendt til Kongen i en Dansk Oversættelse. I Grüners Skrivelse til Schulin ligeledes af 5/16 Oktbr. fortælles endvidere om dette Emne: Quant à la piece imprimée, dont j'en ai fait mention dans ma tréshumble relation, elle continue toujours à rouller si bien que plusieurs autres lettres de la même nature envoyées de part et d'autre au comité secret et aux etats sans souscription, qui toutes sont en faveur de nôtre cour. Vôtre excellence se peut bien imaginer, que des telles piéces ne me sont pas desagreables; mais : tout ce que je regrette, c'est qu'elles sont un peu trop prématurées, puisqu'elles ont trop ouvert les yeux aux autres ministres etrangers et aux gens malintentionnés. Mais le mal étant commis, il faut tâcher de le redresser. Dans ce dessein j'ai engagé certaines gens, qui étoient amis intimes du feu senateur Nordenstrahl, V B. 4 H. (1874.) 32